TOOL TRIP

Lever de soleil sur le Mérapi

soph top

Gunung Merapi!

Vous l’avez compris, sur les merveilleux conseils de Joko pris à Borobudur nous étions définitivement décidés à gravir le volcan Merapi et voir le lever de soleil sur la plaine alentour depuis son sommet.
Après deux jours incroyables à Borobudur nous avons donc mis le cap sur Selo, petit village adjacent aux pentes du fameux volcan.
En mode routard, on s’est mis en route tôt afin d’éviter toute surprise de 16h et de prendre le temps de faire une sieste avant le début de la grimpette: 1h du mat’!
carte
Galère de trajet

 

Deux minibus qui nous amènent « hati hati », ce qui veut dire doucement doucement mais assez facilement jusqu’à Muntilan puis Sawagan (on passe vite les 3/4 heures perdues coincés dans un opelet à attendre que monsieur le conducteur veuille bien finir sa cigarette et ses ragots avec ses collègues). Et puis là blocage: le mec qui fait la loi au carrefour du village nous demande 150 000 rp pour faire 20 bornes ce qui devrait nous en coûter en réalité 10000. En essayant de marchander il se bloque, donc on se retrouve comme deux oeufs sur le plat sur le bitume à faire du stop par 45 degrés en plein soleil. Tout le monde passe et nous ignore (je me rendrais compte une heure plus tard qu’on faisait le stop sur le mauvais côté du carrefour pour monter à Selo). En fait c’est assez frustrant car le mec sait qu’on veut monter au village pour faire l’ascension et qu’après 10/11h du matin il n’y a plus que son minibus qui y va.
Monopole=grosse blague sur le prix.
Bref on commençait à perdre patience et à se demander si on n’allait pas rebrousser chemin, mais la providence est arrivée par l’intermédiaire d’un couple allemand qui souhaitait aussi se rendre à Selo. On a donc pu diviser le prix du bus avec eux et monter pour un coût raisonnable (3€ par tête). Au final, la montée est assez longue et défoncée car ils sont en train de refaire la route et le diesel dépensé par le vieux moteur devait presque valoir le prix de la course. Mais bon on est en Indonésie donc on ne devrait pas non plus dépenser un budget européen…
Merapi

Impressionnant non?

Une rencontre comme on les aime

 

Nous avons donc fait connaissance avec le charmant village de Selo, camp de base du Merapi et avec Jamari qui allait être notre guide pour l’ascension. En fait, nous n’avions rien organisé comme d’habitude, mais uniquement reçu et suivi les recommandations de Joko à Borobudur qui nous avait dit de se présenter de sa part à Jamari son ami et de lui demander de faire le trek ensemble. Il nous ferait alors un bon prix etc… Et bien la rencontre fut encore plus impromptue puisque Jamari lui-même était à notre descente du bus à l’arrêt à Selo et nous demandant où on voulait aller, il s’est présenté on a tilté et voilà!

Selo bed

Le couchage

On lui a demandé si on pouvait dormir chez lui (comme précisé à Borobudur) il a accepté et c’était parti pour un coup de scooter en haut du village. Il était donc 13 heures et nous avions un toit, un guide, et un objectif pour la nuit suivante. Tout était réglé, à ce moment là en tout cas. Et j’insiste sur le timing car c’est important pour la suite.

Jamari nous a donc indiqué notre couchage pour la nuit, entre les coqs, les hiboux et les vaches, splendide, et sans mobylettes pétaradantes… Et bien sûr avec une vue imprenable sur le volcan. Enfin les volcans car le Merapi fait face au Merbabu qui est juste de l’autre côté de la vallée au Nord. Sur les conseils de notre hôte on décidait même de prolonger notre séjour d’une nuit supplémentaire car apparemment il est plus facile de prendre un bus tôt le matin pour la prochaine destination (et accessoirement on est aussi un peu fatigués des mollets après 7h de marche et une nuit blanche).

vaches

Mais surtout, la raison principale qui nous conduit à rester à Selo un jour de plus était que le village organisait une fête en l’honneur du nouvel an musulman et que selon Jamari nous n’avions jamais vu un truc pareil et que l’on en verrait certainement plus jamais ailleurs. La cérémonie était prévue pour le lendemain, parfait ça nous laissait le temps de faire notre trek, de se reposer, de faire la soirée spéciale, et de continuer notre route. Mais c’était sans compter sur le fait que les prévisions n’étaient pas exactes et que le nouvel an musulman était en fait…le même soir que le trek.
Donc je vous liste notre programme mis à jour: 4h de bus le matin (à raler à chaque fois sur le prix c’est fatiguant), après midi libre, soirée villageoise jusqu’à minuit, préparatifs pour le trek minuit 30, début de la montée 1h, fin des hostilités 9h… En fait c’est un peu comme un quart de nuit sur un bateau mais qui dure trente heures et avec l’indonesian style en plus.
Un programme (sur)chargé

A présent je vais vous détailler notre journée chronologiquement, en appuyant un peu plus là où ça fait mal.

1: la sieste

Ca va être vite fait, Jamari nous ayant prévenu à 15h30 qu’on n’allait pas pouvoir se reposer, on a tenté de piquer un somme entre 16h et 18h, en vain. Bercés par les coqs, qui se moquent royalement du fuseau horaire (ils chantent 24/24), on s’est juste allongés sur la paillasse.

vue de la chambre

2: la fête du village.

Mmm je ne sais pas par où commencer. Rendez-vous était pris pour 20h sur la route principale pour le début de la procession, en fait on avait une heure d’avance. Dommage quand chaque seconde de repos emmagasiné s’avérait primordiale mais passons. Ca nous a sûrement permis de découvrir la routine de la vie locale, rythmée par les mobylettes et les cigarettes.

A l’heure (non) dite donc, une dizaine de groupes d’hommes deguisés en costume traditionnel ont pris la route, portant chacun une offrande à je ne sais quel dieu (je ne comprends rien aux variantes locales de l’islam qui s’apparentent à de l’hindouisme), pour rejoindre le point focal de la cérémonie quelques deux kilomètres plus loin. Disons qu’en 2 minutes ils étaient passés devant nous avec leurs montagnes de riz et de fruits portés sur leurs épaules et en 20 minutes ils avaient atteint la destination. Par contre, nous sur nos scooters il a bien fallu 40 minutes de pollution sonore et aérienne pour les rejoindre. Imaginez les 10000 personnes du village en même temps sur une route ridicule tous à essayer de doubler de partout et trouver un endroit pour se garer et être au plus près du spectacle dans le noir complet. Un beau bordel quoi!
Mais pour être honnête, à ce moment précis, on ne risquait pas de savoir ce qui allait nous attendre, ni même de l’avoir imaginé une seule seconde.
 Accompagnés de notre famille du jour, nous sommes donc arrivés tant bien que mal au premier stop de notre soirée: un concert de musique locale agrémenté de deux chanteuses prostituées se déhanchant aux 3/4 nues hurlant à 120 dB leur ignoble voix et des danseurs traditionnels errant sur un lopin de sable cigarette au bec devant un parterre de spectateurs allant du vieillard, au couple avec très jeune enfant. C’est en fait très difficile à décrire tellement c’était improbable. Mais voici quelques points qui m’ont marqué/choqué:

Selo Muslim New Year Celebrations from tool-trip on Vimeo.

  • Le bruit, la sono était la même qu’au festival des vieilles charrues mais les gens étaient à 1m50 des enceintes et la rue où ça se passait devait à peine faire 4m de large sur 30 de long.
  • Les jupes des chanteuses vs. les burkas des locales: les deux filles étaient d’une vulgarité jamais vue en Indo, alors qu’on était censés célébrer la nouvelle année d’une religion pas particulièrement tolérante et que le reste de l’ambiance ne se destinait pas vraiment au peep show.
  • La cigarette des danseurs: les gars étaient parés de costume de gala, s’agitaient sur la piste (banc de sable) de danse comme des animaux mais avaient tous la clope au bec! Déroutant…
Bon ici c’était assez bizarre, tout le monde nous scrutait (on était bien évidemment les deux seuls blancs de l’assemblée), les danses étaient hystériques, les danseurs se roulaient par terre parfois, se battaient également, les musiciens faisaient juste du bruit (cacophonie remarquable), mais on en prenait plein nos yeux car il y avait une certaine forme de spectacle.
Pour le deuxième stop, nous avons suivi notre guide quelques centaines de mètres plus haut, sur une place où devait se dérouler la suite de la procession et à ce qu’on avait compris les offrandes aux dieux. La séance n’avait pas commencé, mais les gens étaient déjà pressés autour des acteurs, la télévision nationale était là pour retransmettre l’événement en direct, ça s’annoncait pas mal… Mais au bout d’une demi heure d’attente et de bousculades dignes d’un match de foot au Maracana ou d’une gare de train à Bombay, on a rebroussé chemin car il ne se passait quasiment rien et les mouvements de foule étaient assez incontrolables…

Traditional dancers in Selo for Muslim New Year from tool-trip on Vimeo.

Nous voici donc en route pour le troisième (et dernier) stop à quelques encablures de scooter: la scène était ici plus professionnelle, une sorte de chapiteau permanent où des musiciens étaient installés au fond, les spectateurs autour, et le centre du monde allait voir se produire une bonne douzaine de danseurs. Les costumes étaient somptueux, tout était coloré, raffiné, avec des petites clochettes accrochées aux jambes et aux bras des danseurs pour ajouter du rythme à la musique, et la chorégraphie était impeccable…
Jusqu’au moment où les zombies issus des esprits des morts ont commencé à s’emparer des corps des danseurs et où ceux ci sont entrés en transe incontrolable….
 Alors là, mieux vaut ne pas être au milieu de leur chemin: en effet, le chef de la troupe prix d’hystérie a fendu la foule et est parti dans le village en courant comme un dératé tandis que les autres se battaient entre eux en essayant de combattre le démon qui les rongeait. La scène était intriguante, inquiétante même, inexplicable, paranormale, abbérante, stupéfiante, inqualifiable quoi. Nous assistions avec Sophie, bouche bée, à des scènes de shaman exhorcisant les mauvais esprits de danseurs professionnels qui, une minute plus tôt étaient des êtres humains normaux et qui, par je ne sais quel hasard, se transformaient en monstres aux yeux noirs, à la démarche incohérente et aux réactions violentes et irrationnelles.
Bon je pourrais vous parler des cauchemars que j’ai fait pendant plusieurs nuits pour vous décrire ce que j’en ai pensé mais on laissera cela dans mon imaginaire pour l’instant. J’étais juste un peu mal à l’aise de tout ce remue-ménage ne sachant pas quoi penser entre « c’est du cinéma », et « ils sont complètement tarés dans ce pays ».

Muslim new year in Selo, Java, Indo from tool-trip on Vimeo.

En tout cas, pour un cartésien comme moi, ça ne pouvait pas être de la magie, ça n’existe pas! C’est des humains, ils ne peuvent pas se mettre à manger des bouts de bois, ils ne peuvent pas casser des noix de coco avec leurs dents, ils ne peuvent pas mourir sous nos yeux et ressusciter 2 minutes plus tard avec le méchant esprit sorti de leur corps. Mais bon, chacun aura son opinion, ce que je peux vous dire c’est que les locaux assistaient à la scène comme ils auraient fait leurs courses, même la fille de 4 ans de Jamari avait l’air de s’amuser, et toutes les explications que l’on a reçu aux phénomènes constatés étaient les mêmes: possédés par l’esprit vilain d’un défunt, ils deviennent des zombies et il est nécessaire de leur faire recracher le mal pour qu’ils en soient libérés.
Pour en avoir le coeur net, on est même rentrés dans la salle attenante au spectacle où tous les danseurs possédés étaient libérés, c’était délirant. Les gars étaient allongés par terre comme des bêtes, et après quelques gestes d’expiation et quelques verres de jus d’esprit sain, hop le mal sortait des hommes et ils reprenaient leur apparence humaine sous nos yeux.
Voilà ce qui fut pour nous en quelques mots les heures nous préparant à gravir le Merapi, pas de ce qu’il y a de plus reposant ni de plus rassurant, mais de sûr la plus singulière de nos expériences depuis le début du voyage.
3: Gravir le Merapi!

Departure Merapi

C’est parti, mon kiki

Voici notre objectif, pas n’importe lequel des volcans du cercle de feu indonésien puisque le Merapi a quand même terrassé pas moins de 500 personnes fin 2010 (le chiffre officiel est volontairement diminué pour relativiser la catastrophe) et en a fait évacuer 300 000… Ce volcan qui fait rugir ses entrailles de manière assez régulière tous les 5 ans environs et qui donc dispose des quelques mois restants en 2015 pour prouver que la nature est réglée comme une horloge suisse.
Et bien il n’est pas entré en éruption pendant notre séjour sur ses flancs, ni à son sommet. Et fort heureusement…
Pour la partie sportive du récit, la montée s’est donc fait entre 1h et 5h du matin avec plusieurs joyeuseries au programme: d’abord un bon kilomètre de pente toute droite sur une route goudronnée à 50° de pente. Ca calme. Le petit break au signe hollywoodien New Selo fait du bien, le temps d’ôter 4 des 5 couches prévues pour la nuit glaciale…
newselo
Ensuite on enchaine sur 3/4 heures de grimpette dans de la poussière de volcan, bien sympathique pour respirer surtout quand le coeur bat à 170! Deuxième pause salvatrice.
Pos 1
On continue avec du caillou et de la poussière jusqu’au troisième stop où certains en profitent pour se caler une micro sieste de 10 minutes à 2000m d’altitude.
Merapi panel

Le programme du jour

Moi j’ai préféré tenter la photo de nuit (sans trépied).
night vision
Vient alors l’avant dernière section qui amène au refuge, jonché de tentes où les indonésiens qui préfèrent se donner deux jours pour faire l’ascension ronflent allègrement.
night sky

Premières lueurs du jour

Enfin vient la montée finale, qui depuis la dernière éruption relève plus du challenge d’escalade que de la balade en montagne: c’est une bonne mascarade, il faut à certains endroits s’agripper pour grimper sur les rochers, ceux-ci s’effritent et parfois manquent de se détacher de la paroi et vous assommer 50m plus bas. Le reste du sol étant du sable volcanique résultat de l’éruption qui permet une progression quasi négative du groupe: un pas en avant, 50cm de glissade en arrière.
soph and jamari

Ascension finale

Enfin pour ma part, c’est la portion que j’ai préférée, grimpant comme un singe de roc en roc et tout excité d’arriver en haut, mais d’autres touristes américains étaient au bord de la crise de nerf à ce moment là.

Panorama summit
Et pour la partie vue fascinante à 360° sur Java du récit, ben je pense que les images parlent d’elles-mêmes.
jm top smile
Un lever de soleil magique sur l’horizon (vers la ville de Surakarta plus communément appelée Solo), un cratère fumant qui nous a bien rappelé que tomber dans le trou n’est pas permis, une vue époustouflante sur le Merbabu, volcan voisin juste en face du Mérapi, voilà le genre de récompenses que ces 4 heures de marche très intensives nous ont offertes.
JM and soph 2

En fond d’écran, le Merbabu

crater red

Le cratère

top top

Le sommet!

team summit 1

On l’a fait!

Pour ce qui est du retour au bercail, je résumerai cela très succintement: un calvaire.
descente

Obligée de marcher à reculons

going down
1700m de dénivellé négatif en à peine 3,4 kms ça pète les genoux, les hanches, le dos, les poumons car la poussière était 100 fois pire à la descente que pendant la nuit. Bref quand on a vu arriver notre lit vers le coup des 8h30 du matin, on était bien fracassés (mais ravis).
shower 3

La meilleure douche du trip

Le sommeil fut plus que jamais réparateur, même si les zombies et les esprits javanais maléfiques ont hantés mes rêves ce jour-là. Ce qu’on a adoré par contre, c’est prendre enfin notre douche dans la rivière de Selo, sous la cascade, à la fraiche et panser nos plaies en admirant le crépuscule lentement arriver sur le mont Mérapi depuis la plaine, volcan qu’on avait réussi à dompter sous les étoiles.
Merapi afternoon 9

Merci Jamari!

2 reflexions sur “Lever de soleil sur le Mérapi

  1. Avatarmam

    quelles journées ou plutôt quelles nuits !!!! mais quels beaux sourires en arrivant au sommet.

    c’est quand même fatigant un tour du monde. Il faut garder des forces pour les 48 semaines à venir !!!

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

error: Content is protected !!